Travaux de la promotion

 

Travaux des officiers de la promotion

 

Au fur et à mesure de leur parution, ci-dessous, vous pouvez consulter tous les travaux personnels émanant des officiers de la promotion.

 

18 mars 2018

Mai 68 par Jean Nichon

 

La mémoire de Mai 68 célébrée avec force et insistance toutes les décades, est folklorisée, hors du temps politique. Mais dans la contestation, ce printemps de jadis continue à s’inscrire en écho au malaise ambiant de notre monde occidental. Abandonné parce qu’il regorgeait d’utopie, Mai 68 est redécouvert au moment où celle-ci fait cruellement défaut. Il y a fort à penser que l’Ecole que vous fréquentez n’a manqué d’inscrire dans ses manuels, cette péripétie de notre histoire contemporaine en la parant de significations comparables à celle de la Révolution de 1789.

Car les Français cultivent avec délice leurs divergences sur l’interprétation de l’histoire. Les « évènements de 68 » n’y échappent pas. Si chacun en a une lecture personnelle et professe des opinions bien arrêtées sur les causes de cette révolte, tout le monde se met au moins d’accord sur un point : Mai 68 constitue un tournant.

Ce fut d’abord un soulèvement très français, plutôt intellectuel au départ, avec une touche récréative et festive. Lancée et alimentée par des étudiants révolutionnaires qui ne voulaient pas le pouvoir, cette fronde s’interrompit et bascula très précisément au moment où elle se prit pour une révolution politique.

Reconnaissons que Mai 68 a bousculé les habitudes, les faux-semblants, les rapports de force. Cette agitation étudiante, relayée ensuite par les syndicats, a réveillé une génération endormie qui tenait sa légitimité des ses hauts faits de la Résistance. Le général De Gaulle né au siècle précédent, court alors vers ses 78 ans. Mai 68 dira-t-on, a donné une conscience politique à toute une France qui « s’ennuyait » ( ?). Ce fut en tout cas un grand remue-méninge et en cela, un moment d’interrogation personnelle pour beaucoup de compatriotes. Quasiment aucune institution n’échappa à cette introspection. Pas plus l’Eglise que la presse, pas plus l’école que la famille. Mai 68 a en partie détruit les fondements de la société de l’époque. Il accompagne l’explosion d’une libération de la culture et des mœurs dont les femmes furent les premières bénéficiaires. Il libère le sexe et la minorité homosexuelle.

En réalité, Mai 68 théâtralise une évolution bien amorcée par le féminisme, par la pilule contraceptive qui date de 1967. Toujours est-il que pour la légende, il devient le fondateur de l’individualisme hédoniste qui submerge nos sociétés. S’il « épanouit » l’individu, il désunit le citoyen. Promoteur de « l’enfant roi », Mai 68 empoisonnera le principe d’autorité dans une Ecole qui ne s’en remet toujours pas.

Qu’a-t-il reconstruit ? Peu de choses, parce que c’était d’abord un soulèvement, une protestation. Ses traces sont ailleurs. Probablement plus fondamentales. Dans la manière d’être soi-même et avec les autres.

Mai 68, ce ne sont pas dix semaines mais dix ans qui ont changé la société française. 1968 est l’épicentre d’une secousse sociale et culturelle qui a commencé au milieu des années soixante et s‘est prolongé jusqu’au milieu des années soixante-dix. Mai 68 n’est pas un bloc homogène.

Il faut y voir autant une inspiration démocratique qu’un vertige messianique, une incroyable modernité et un affligeant archaïsme, le besoin d’une générosité collective et l’affirmation d’un individualisme exacerbé. Mai 68 ne peut pas non plus être découplé des évolutions de la société française, à mi-chemin entre la fin de la guerre d’Algérie et le premier choc pétrolier. Enfin, sous un angle plus politique, l’évènement ne peut guère être isolé de mouvements plus larges, comme la guerre du Vietnam ou les rebellions des peuples du tiers-monde.

Ces évocations « historiques », chaque année que Dieu fait depuis les « évènements de 68 », à fortiori en cette année du « centenaire », manquent d’analyses des causes profondes des ces singulières journées, violentes, aux slogans nouveaux et aux revendications étudiantes qui enchantaient les uns, scandalisaient les autres, laissaient tout un peuple abasourdi.

Les difficultés économiques que connaissait la France depuis 1962 expliquent largement ce qui arriva en mai 1968, ces évènements qu’on a tort de trop vouloir ramener à la seule révolte d’une jeunesse contre la société de consommation, les mandarinats de toutes sortes ou l’autoritarisme du pouvoir gaullien. Toutes ces raisons ont bien été au cœur du chahut étudiant et lui donnèrent son audience, ont une explication économique.

Deux chocs importants avaient précédé Mai 68. On les a maintenant un peu oubliés. Le premier date de 1958. La France en faillite remet les compteurs à zéro. Elle le fait à l’occasion du retour du général De Gaulle au pouvoir et du passage à la V° République. Dévaluation du franc, austérité budgétaire, stagnation du pouvoir d’achat : le plan de rigueur d’Antoine Pinay est ressenti comme un mal nécessaire. La confiance revient assez vite avec l’augmentation des exportations, l’amélioration du niveau de vie, l’adoption d’un nouveau franc.

Le deuxième choc réside, en 1962, dans l’arrivée de presque un million de rapatriés d’Algérie. La demande déjà forte est stimulée, l’hiver 1963 est glacial, l’offre est d’autant réduite, les prix à la consommation flambent. L’inflation repart. C’est le mal français d’alors qui nous rend si différents de l’Allemagne avec laquelle nous construisons l’Europe. De Gaulle interrompt les vacances de son ministre des finances, Valéry Giscard d’Estaing et lui demande de préparer en urgence, un plan de stabilisation. Les mesures sont sévères : blocage des prix, lourdes coupes budgétaires, encadrement strict du crédit.

L’inflation va se modérer, le budget de l’État s’équilibrer mais le pouvoir d’achat stagne puis baisse, tandis que le chômage augmente avec l’arrivée des jeunes classes issues du baby-boom de l’après-guerre. Deux plans de rigueur en cinq ans, c’est trop et le moral n’y est plus. Chez nos voisins Allemands, une forte montée du chômage sévit.  Notre premier partenaire commercial nous fait défaut au plus mauvais moment.

Si l’économie n’explique pas tout, les chiffres et les faits décrivent bien la situation à posteriori. A partir de 1966, la rigueur ayant assez duré, on (Michel Debré) cherche à sortir du blocage des prix. L’investissement est favorisé, la TVA réduite pour relancer la consommation.

Mai 68 survient alors que la croissance repart. Trop tard ! Dans l’opinion publique, Debré passe pour un père fouettard. À quelques mois près, il aurait été encensé. Le cours de l’Histoire est souvent hésitant, difficile à lire.

En revenant sur cette époque vécue intensément, un constat s’impose : l’écart entre les discours du moment et la réalité du mouvement. On réclama le départ de De Gaulle, la liberté sexuelle. On proclama l’interdiction d’interdire. On exprima sa solidarité avec le Vietnam. On fustigea l’ordre policier. On se dit maoïstes, trotskistes, anarchistes, libertaires, situationnistes. Mais cela ne rend pas vraiment compte de la réalité.

Le théâtre réduit l’action : le Quartier Latin. Les étudiants occupent « l’appareil productif » des universités et s’enferment dans le quartier au moyen de barricades. Plutôt que de se référer à l’imagerie révolutionnaire, retenons une sorte de détachement d’un territoire des réseaux sociaux existants. Le Quartier Latin ne répond plus. Il édifie un rempart pour se protéger de la société. C’est l’enfance du monde. Derrière les barricades, bâties au nom de la légitime défense, les acteurs débattent et détricotent la société. Que faisaient-ils et que voulaient-ils ? Tout et rien. Ce furent pour eux, des jours de sociabilité, la nuit étant réservée à la liberté sexuelle. On persévéra, non parce que les revendications n’étaient pas satisfaites mais parce que, par bien des aspects, l’existence que l’on venait d’inaugurer méritait d’être maintenue. On défendait un acquis : le rejet du principe d’autorité, le rejet de la discipline des institutions invoquées avec la conscience tranquille sous prétexte qu’elle émane de gouvernements démocratiques.  La « révolution » ne briguait pas le pouvoir, mais cherchait à le dissoudre. On passa de la logique de la grève qu’il faut savoir terminer, à celle de la grève qu’il faut savoir faire durer. L’apport de Mai 68, ce serait donc d’avoir délimité, de manière éphémère et locale, un pur espace de société civile, par rapport au marché et au pouvoir.

Mai 68, en vérité, ne fut pas aussi festif que notre postérité le prétend. Outre les morts, les barricades, on assista à la plus grande grève générale de salariés (10 millions), à un énorme pathos de peurs, de rumeurs et de déraisons. Une guerre civile a rôdé durant trois longues semaines. « Trois pouvoirs de fait – celui des étudiants, des ouvriers, du régime – ont poussé par centaines de milliers les pièces d’un échiquier dramatique. Le pire fut évité parce la haine de la guerre des deux rives parisiennes… parce que le Parti Communiste se refusa avec constance au cycle de l’insurrection… ». Ainsi titrait la presse progressiste de mai 68.

« Le monde de mai est fou » constatait dans une chronique de « La paille et le grain », le premier secrétaire du Parti Socialiste de l’époque, François Mitterrand qui n’imaginait certainement pas que ce joli mois de mai serait quelques années plus tard celui de son sacre. Il ne pensait plus qu’à la folie de mai 68 qui l’avait si bien pris de court et à celle de mai 1958 qui avait, pour tant d’années ruiné ses espoirs et disloqué ses plans les mieux agencés…

Dans la mémoire sélective d’anciens délirants maoïstes, embourgeoisés depuis, il ne reste que le puissant élan d’émancipation. Il est vrai que l’aspect libertaire aura ébranlé les hiérarchies politiques, bousculé les archaïsmes d’une société qui vivait sous un logiciel « ruralo-chrétien ». Retenons aussi que l’incantation de l’ultra-gauche aura détrôné le prestige communiste. On déboulonna ensemble De Gaulle et Staline.

Mai 68 fut culturel plus que politique. Mai 68 porte sa part de responsabilité dans l’évolution de la morale commune. Les soixante-huitards ont voulu faire des communautés mais sans les règles. C’est impossible. Le premier des manuscrits de Qumram est la règle de la communauté ! Mai 68 a signifié, pour le meilleur, l’émancipation féminine et celle de la société civile. Mais, pour le pire, il a introduit la loi du plus fort, la guerre de tous contre tous. On ne construit pas la civilité sur un tout à l’ego, sur l’idée d’un bonheur synonyme d’assouvissement sans délais des envies. Et ce début de XXIe siècle est étrangement celui de la tribalisation, des minorités, des séparatismes. Tous les ethnocentrismes, tous les communautarismes deviennent maîtres du terrain. Le dogme commun de nos civilisations occidentales est le « droit-de-l’hommisme ». Et il compte davantage de communicants que de pratiquants, de parleurs que d’acteurs.

Depuis cinquante ans se sont imposés, en partie grâce aux soixante-huitards, l’individualisme, le chacun pour soi, la revendication permanente de ses intérêts, ou ceux de sa corporation. Bref, une frilosité générale ; on voudrait que tout aille mieux, sans que rien ne change.

À travers son tiers-mondisme hardi, sa critique aiguisée de toute forme de domination, son aptitude à discréditer férocement les vieilles idéologies, sa dénonciation de la consommation, le mouvement annonçait et construisait peu ou prou la mondialisation. Derrière les drapeaux noirs ou rouges, les portraits du Ché, on pouvait trouver l’idée confuse selon laquelle la puissance ne pouvait pas tout faire et qu’il fallait même compter désormais avec « l’impuissance de la puissance », peut-être aussi la force du faible ou du petit… Ces intuitions n’ont pas été partagées jusqu’au bout. Mais il est acquis que, d’un excès à l’autre, on a abandonné dangereusement les sentiers de l’utopie.

D’aucuns, parmi nos jeunes contemporains reprochent à la génération des soixante-huitards d’avoir jeté le bébé de la transmission avec l’eau du bain. Transmission de valeurs socles, d’une culture solide, de mots riches et variés pour porter une parole libre. Face à cette critique qui laisse sourdre une souffrance impatiente, d’autres points de vue « engagés » perdurent. Notamment ceux des enseignants (qui sont en retraite). La majorité d’entre eux, fiers de leur révolte d’il y a quarante ans, ont été complètement sourds à la revendication de ces jeunes, immédiatement traités de « bourgeois ». On pourrait deviner sous cette allégation, des « vieux cons »… Ceux qui, un peu plus âgés ayant connu l’avant et l’après des évènements, voient dans la diatribe matière à se questionner.

Interrogeons ceux qui naquirent en 1960, passèrent leur adolescence dans la nostalgie de n’avoir pas vécu le grand chambardement de 1968. Ils profitèrent du relâchement des contraintes, mais pour nombre d’entre eux, conservèrent pour se construire l’idéal très fort de leurs parents et de leurs amis, l’engagement, la fidélité, l’espérance… Ces mères de famille, pas moins cultivées que leurs homologues contemporaines qui peuvent être taxées aujourd’hui d’idéalistes, de douces rêveuses parce que n’ayant pas travaillé, mesurent aujourd’hui la difficulté aujourd’hui de donner à leurs enfants un héritage. Les enfants des soixante-huitards portent le poids de ces années, des désillusions de leurs parents, des négligences d’éducation qui furent si souvent chaotiques. Pas de généralités à tirer de ce constat. Statistiquement, ces enfants de révolutionnaires couraient un grand risque d’être déboussolés ; même si d’autres retirèrent de ces années d’enfance des forces, des capacités, des tempéraments qui ne demandaient qu’à se faire une belle place au soleil.

La révolution de Mai 68 a raté. Ce psychodrame a montré la fragilité inouïe des hommes et des institutions. L’imprévisibilité de tout quand la rue s’en mêle. Et l’empire des radios de l’époque qui, pour le meilleur ou pour le pire, faisaient l’Histoire.

Pas de quoi en faire un jour férié pour commémorer un spasme historique, lui-même fort commémoratif : la révolution chinoise à la Sorbonne, cubaine au Boul’Mich’, soviétique à l’usine de Boulogne Billancourt, bleu-blanc- rouge sur les Champs Elysées. Parmi les baby-boomers, étudiants- bourgeois qui en mai 68 brûlaient les voitures, certains sont devenus ministres, patrons de presse, voire chefs de grande entreprise. Leur esprit libertaire a puissamment contribué à la naissance d’un monde individualiste, sans repères et sans valeurs, à l’éclatement des familles, à la faiblesse des syndicats et de nombre d’associations. Sans compter, la quasi disparition, presque partout, d’une vertu toute simple qui s’appelle l’honnêteté. L’évoquer vous fait d’ailleurs passer chez certains pour un attardé ou un réactionnaire.

Mai 68 fut un moment collectif, qui déboucha sur des utopies communautaires. Et la question qui demeure est celle de la portée subversive ou « civilisationnelle » que l’on prête alors à ces utopies concrètes. Cinquante ans plus tard, ces utopies semblent de retour, souvent qualifiées de « réelles » ou « réalistes » pour les distinguer des visions idéologiques passées.  L’un des héritages de mai 68 « … c’est peut-être l’espoir que surgisse un événement qui fracture le temps. Que l’aléa, la spontanéité et l’utopie soient moteurs de l’Histoire » (Mouvement « Nuit debout ». Mais ces initiatives restent d’une portée très limitée et ne doivent pas être confondues avec la politique.

Pour l’heure, la société est très émiettée, individualisée, marquée par une profonde peur de la différence. Coexistent deux aspirations : – réduire les inégalités et améliorer la vie individuelle. Mais comment mettre les besoins individuels et les nécessités collectives ? Xénophobie, populisme s’accroissent. Les anciennes organisations collectives, partis comme syndicats sont mis à mal. Tandis que la mondialisation difficile à contrôler renforce le côté autoritaire et identitaire porté par chaque citoyen. Nous avons besoin de repenser notre modèle de démocratie afin qu’en son sein les différentes voix conversent au lieu de chercher à s’anéantir. La Ligne Maginot mentale, voilà une lubie de notre temps, une fausse piste.

Oui il nous faut de nouveaux repères. L’effet du vieillissement c’est de croire que seuls sont encore opérants les vieux remèdes. Les gens dangereux sont les démagogues, les marchands de courants d’air, les illusionnistes qui nous présentent des solutions ratées comme les meilleures. Mais où sont les prophètes ? De bonheur, tant qu’à faire ?

Finissons-en, après un demi-siècle, avec l’épisode « 68 » !

Nous en avons assez d’entendre célébrer la « mémoire » uniquement lorsqu’il s’agit de mettre en lumière une page sombre de l’histoire de notre pays, « un printemps révolutionnaire ».

Assez également du « prêt à penser » libertaire que distillent certains médias, les pseudo philosophes ou les apprenties starlettes qui répètent comme des perroquets ce qui se dit dans les bistrots branchés, dans les milieux abusivement dits « culturels » ou chez les Guignols de Canal +.

 

 

J.N.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

28 août 2017

 

Un article de Jean Nichon sur la  » France Afrique « 

Après un premier article intitulé « Européens, notre destin c’est le continent africain », Jean Nichon, osons le dire, spécialiste du monde africain de par sa carrière « colo » et ses relations avec de nombreuses personnalités africaines, nous propose un autre article au titre bien laconique « France et Afrique ». Il y traite des relations entre la France et ses ex colonies devenues indépendantes et souveraines depuis plus de cinquante ans. L’évolution géostratégique depuis ce demi-siècle a bien évidemment eu des incidences sur ces relations privilégiées. L’auteur nous les présente avec un bon argumentaire et ne cache pas que ces relations sont complexes.

 

France et Afrique

La politique de la France en Afrique donne souvent l’impression qu’il faut choisir entre les enjeux sécuritaires et les enjeux démocratiques. Or les deux doivent aller de pair. C’est l’exemple de l’intervention française au Mali en 2013. Le pays était menacé par le péril djihadiste mais c’était toute la sous-région et également la France qui étaient visées. L’Europe, la France et l’Afrique étaient visées. Certes la priorité est à la sécurité mais pourquoi l’opposer à la démocratie ? La plus belle des réponses au terrorisme, c’est la démocratie. Une bonne lutte contre le terrorisme se fonde sur l’élan démocratique des peuples et l’Etat de droit. Les djihadistes s’attaquent à la Tunisie, au Burkina, à la Côte d’Ivoire parce qu’ils représentent des pays visant la démocratie.

Ne regardons pas l’Afrique avec simplisme ou naïveté ! Chaque pays a ses propres enjeux et ses défis démocratiques à surmonter. Avec le Tchad et son président Idriss Deby Itno, mon frère d’armes, nous sommes alliés dans la lutte contre le terrorisme, notamment contre Boko Haram, pour la sécurité de la région. Quant à la République (si peu) démocratique du Congo, pays immense, avec des ressources importantes et des tensions persistantes dans son Est, ainsi qu’une exploitation incontrôlée de ses richesses, elle fait plus que nous « interpeler » !  Les échéances électorales actuelles (2017) obéissent normalement à des règles constitutionnelles sans équivoque. La France n’est pas chargée d’y veiller mais sa relation à l’Afrique ne peut être banalisée. S’il n’existe plus de pré-carré, si le respect s’impose, la proximité est nécessaire pour créer et entretenir l’intérêt mutuel.

Un demi-siècle de Françafrique

Que cache l’expression ? Il s’agit de la méthode de gestion indirecte que le secrétaire général aux Affaires africaines et malgaches avaient mise en place à l’égard des anciennes colonies de la France et qui, jusqu’à très récemment, a servi de modèle à ses successeurs, bon gré mal gré. On le désigne également sous l’expression de « syndrome Foccart ». On assimile ainsi ce personnage à une maladie, celle de la Françafrique. Il n’était ni barbouze, ni homme de l’ombre mais un grand commis de l’Etat, forgé dans la Résistance, avec la culture politique qui lui est liée et un goût personnel prononcé pour le renseignement et l’action. Pour lui, l’Etat c’était De Gaulle. Après les indépendances et les guerres coloniales, la puissance française devait prendre pour assise les anciennes colonies africaines. C’est la mission de Foccart à travers la décolonisation. D’où ce que l’on identifiera à travers un ensemble de symptômes qui se sont perpétués au fil des âges de la cellule africaine de l’Elysée.

 Les objectifs étaient avant tout de créer une communauté franco-africaine partageant un ensemble d’intérêts communs, politiques, économiques, culturels, régie par des obligations entre le « grand-frère français »et les « Républiques sœurs ». Le pré-carré. Ceux qui acceptent, tout en bénéficiant d’un système de coopération et d’aide au développement, ont la promesse d’être protégés des agressions étrangères ou de tout coup qui leur serait porté dans le cadre de la guerre froide avec le bloc communiste et les Anglo-Saxons (à travers des accords secrets de défense).

Au fil des présidences après De Gaulle, le service de Foccart, « les conseillers Afrique » servent de circuit court avec les palais africains. Sous Giscard, l’intervention française est brandie comme glaive anti-communiste. C’est l’intervention sur Kolwezi en 1978. Le SDECE agit aux côtés de Jonas Savimbi contre l’allié du bloc de l’Est, Neto. Au Tchad, nous intervenons en « gendarmes de l’Afrique » contre les rebelles du Nord appuyés par la Libye de Kadhafi. Nous intervenons contre les colonnes du Polisario qui descendent sur la Mauritanie et utilisons l’« expertise » de Bob Denard, aux Comores, au Bénin etc. Les grands médiateurs des crises du continent au virage des années 1980, sont Houphouët-Boigny, Hassan II, Omar Bongo, Eyadema et Mobutu. La France renverse l’empereur Bokassa en 1979…

Quant à Mitterrand, il cherchera à maîtriser le mille-feuille institutionnel et interpersonnel des affaires africaines. Il sait que l’Afrique reste le cœur du domaine réservé du chef de l’Etat. Pragmatique, il adaptera l’héritage gaulliste à ses ambitions politiques. La cellule africaine est confiée à Guy Penne puis à Jean-Christophe Mitterrand, le fils de Dieu et enfin à Bruno Delaye. Les trois fréquentent assidument Foccart… Avec Bruno Delaye, Mitterrand essaie de réformer le système pratiqué depuis les indépendances (Sommet franco-africain de la Baule en 1990). Dans le contexte du multipartisme qui se fait jour au Bénin, suite à la chute des dictateurs d’Europe de l’Est, Mitterrand cherche à accompagner les transitions démocratiques tout en tirant son épingle du jeu car l’Europe entre en crise. L’Afrique est touchée par les plans d’ajustement structurels et la France n’a plus les moyens de sa coopération. Elle compose avec les institutions de Bretton Wood… et nous initions la dévaluation du franc CFA en 1994. L’affairisme est de plus en plus visible : ce sont les « années fric », les affaires, le procès Denard, le génocide rwandais de 1994, l’affaire Elf et l’« Angolagate »… Puis la décision d’infléchir la politique africaine selon une belle formule assez creuse… « ni ingérence, ni indifférence ». L’Agence Française de Développement (ancienne Caisse Française de Développement, la mieux nommée !), bras financier de l’Afrique, est de plus en plus assujettie à Bercy. La « cellule Afrique » de l’Elysée est reprise en main par des diplomates ; on ferme des camps français en Afrique notamment ceux de Centrafrique (Bouar et Bangui). Chirac arrive au pouvoir en 1995. Il rappelle Foccart, dit « le Vieux ». S’ouvre alors la guéguerre entre les « foccartiens et les modernes-normalisateurs ». En réalité, une synthèse s’est opérée avec l’héritage Foccart. Jospin, 1er Ministre, prétendra arrêter la politique des « amis de la France » avec l’enjeu des transitions démocratiques comme gage des réformes. En fait la géopolitique de l’Afrique se redessine avec le conflit des Grands Lacs, l’émergence de nouveaux acteurs politiques. La France reste un acteur militaire de premier ordre : Opération Licorne en RCI 2000-2002… C’est un paradoxe.

Fin de nouveau de la « Françafrique » avec Sarkozy en 2007, mais il ne s’agira que d’un changement générationnel ! C’est le secrétaire général de l’Elysée qui prend la main sur la cellule africaine. Le « discours de Dakar » né de la plume d’Henri Guaino prononcé par le président français en 2006, n’est que billevesées fiévreuses sur l’Afrique et digressions douteuses « L’homme africain ne serait pas assez entré dans l’Histoire »…

Alors, apparaissent de nouveaux missi-dominici (Robert Bourgi) dans la grande tradition de ce qui caractérise l’habituelle et avérée relation au continent, la « Françafrique ».

C’est alors que le contexte « post-11 septembre » redonne à la France sa spécificité de puissance « africaine » ! La gestion des crises qui secouent l’ancien pré-carré concerne la France, la République de Côte d’Ivoire, au Gabon, la succession de Bongo, le Mali, la Guinée (Conakry). Mais c’est dans la lutte anti Al Qaïda au Maghreb Islamique que s’inscrira en profondeur l’action de Sarkozy puis de Hollande. Le débat politique est-il plus critique et plus ouvert ?

Cela étant, le devoir d’ingérence française essaie de s’accorder avec des cautions internationales, notamment des mandats onusiens. Cependant, la France compose toujours et encore avec des alliés et partenaires africains. C’est la logique rénovée du pré-carré. Paris entend rester influent mais moins solitaire. Il n’a plus les moyens de sa politique africaine

Les liens interpersonnels sur lesquels misait Foccart restent plus que jamais d’actualité, même s’ils évoluent dans leur forme ; il s’agit en fait d’une évolution générationnelle. Notons que l’Internationale socialiste, à laquelle appartiennent plusieurs présidents francophones, reste un facteur important et souvent sous-estimé des relations franco-africaines.

Les chefs d’Etat francophones qui partagent une certaine idée de la géopolitique « post-11 Septembre » en sont une clé de voûte. En Afrique de l’Ouest et Centrale, le symptôme de la « famille francophone » chère à Houphouët-Boigny existe toujours. Elle est redimensionnée.

Enfin, phénomène nouveau et important depuis les révélations des années 1990-2000 sur la Françafrique, l’opinion publique franco-africaine gagne de plus en plus de poids dans un débat, trop longtemps considéré comme un « bois sacré » de la V° République réservé à quelques initiés. Et voilà qu’en 2017, un jeune président jupitérien qui ne connaît rien au continent, explique que « Le défi de l’Afrique est civilisationnel » et qu’il convient de l’appréhender sous un angle défensif, avant tout sécuritaire et migratoire, dicté par des impératifs de politique intérieure.  Chef de l’Etat, le fait d’être jeune et de n’avoir en rien été mêlé aux turpitudes postcoloniales ne lui délivre en rien un passeport vierge pour « tout dire » aux Africains avec une décomplexion frisant l’arrogance, et…un paternalisme déguisé en politique de développement que l’on a tant assimilé à la « Françafrique ».

De la Françafrique à l’Africafrance

La France occupe de par son histoire, un rôle de puissance régionale en Afrique. Elle a cru (et prouvé quelques années) que, selon le mot du ministre des Affaires étrangères de VGE, Louis de Guiringaud, 500 hommes pouvaient changer le destin de l’Afrique. Pour François Mitterrand, « Sans l’Afrique, il n’y aura pas d’histoire de la France au XXIe siècle ». L’Afrique donnait à la diplomatie et aux armées françaises l’espace sans lequel il n’y a pas de stratégie possible, ni de puissance. Désormais la diplomatie économique tend à diversifier les relations françaises avec l’ensemble de l’Afrique. Mais la Françafrique est rattrapée par les questions de sécurité.

Les liens entre la France et l’Afrique demeurent forts (100 millions de francophones, 2,3 millions d’immigrés en France, 235 000 Français en Afrique, accueil de plus de 110 000 étudiants africains, 400 partenariats entre collectivités locales…), mais ils tendent à se normaliser. Le nombre d’assistants techniques de 10 000 en 1990 est inférieur à 1000 en 2016. Le capitalisme d’Etat postcolonial a fait place à un capitalisme financier mondialisé, avec diversification des partenaires de l’Afrique et réorientation des relations de la France hors des « pays du champ ».

La politique complexe et complexée de la France vis-à-vis de l’Afrique

Les relations complexes et complexées entre l’Afrique et la France sont traversées par des effets contradictoires. Les effets de distanciation remontent à la décolonisation et à la construction européenne qui ont été concomitantes. Aujourd’hui, à la peur ou à l’impossibilité de se déplacer dans certaines régions. Les effets boomerang renvoient aux retours d’histoires refoulées des conquêtes coloniales, « ce passé qui ne passe pas », des guerres d’indépendance, des migrations qui se sont traduites par des échecs de l’intégration de la deuxième, et surtout de la troisième génération des immigrés. Les effets de connexion se caractérisent par des interdépendances asymétriques. Les écarts de revenus, de productivité, de compétitivité ou des acquis sociaux entre l’Europe et l’Afrique demeurent très élevés. Mais à l’intérieur de ces continents, les inégalités et les exclusions augmentent.

La vieille Europe – notamment la France – et l’Afrique sont impliquées, tant par leur histoire et la géographie que par les difficultés démographiques ou les défis d’emplois et de vulnérabilité des jeunes.

Le poids politique de la France dans les pays africains s’explique par une multitude de facteurs : par la défense de la francophonie, par des relations de clientélisme et la constitution de réseaux conduisant à des financements de partis politiques ou par des voies apportées par les pays francophones aux Nations-Unies. À la cacophonie institutionnelle des centres de décision s’ajoute une imbrication d’objectifs interdisant une stratégie aussi claire que celle appelée des vœux de ceux qui s’obstinent à entretenir une relation de repentance avec des pays qui, majoritairement, sont tournés résolument vers la mondialisation.

                                                                                               Jean Nichon – août 2017

 

 

 

6 août 2017

En 2014, Hubert Tassel ayant retrouvé des courriers de son grand-père Paul Tassel durant la Grande Guerre a alors écrit un ouvrage intitulé  » La Grande Guerre, de Paul Tassel, un temps fort dans sa carrière militaire de 1898 à 1940 « .

Le capitaine Paul Tassel, avec le 4e BCP du 20e CA a participé à la bataille de Morhange du 20 août 1914. Le bataillon, trop en avant, a perdu la moitié de son effectif. Livre intéressant car de nombreux courriers y sont insérés y compris des extraits du Journal de Guerre de son beau-père, Paul Hamel, avocat à la Cour d’appel de paris, ami de Raymond Poincaré car il évoque son dîner à l’Elysée du 8 juillet 1914… En 1931, le colonel Paul Tassel commande le 158e RI, stationné à la caserne Stirn…

 

Le même auteur a réalisé un ouvrage sur   » l’Ubaye et la guerre de 1914-1918 – première partie « .

Ci-après la seconde partie de l’ouvrage sur  «  l’Ubaye et le guerre de 1914-1918 « .

 

Au sujet de cet ouvrage voici une étonnante critique parue sur Internet :
Représenter et se représenter  la première Guerre mondiale par l’écrit

Lien du site : http://combattant.14-18.pagesperso-orange.fr/Representer/EC03ValleeUbaye.html

– TASSEL Hubert, « L’Ubaye et la guerre de 1914-1918, la guerre du 157e RI, la tragédie de la bataille de Ménil-sur-Belvitte, les poilus ubayens. L’Argentière-la-Bessée », éditions du Fournel, 2014.

L’ouvrage est épais, pèse un poids non négligeable, est imprimé sur un papier glacé de qualité. Avec ses trois cents pages, sa mise en page agréable, il y a de la lecture en perspective.Quand j’achète un ouvrage réalisé par l’Amicale des chasseurs alpins et un ancien militaire, se posent immédiatement deux questions : la problématique a-t-elle été clairement définie afin que l’ouvrage possède une structure claire et évite l’amas qui part dans tous les sens ? L’histoire proposée est-elle très militaire et difficile à lire ?

Ces questions se posent car, comme le montre le titre, le sujet est ambitieux et d’où le problème des limites. Ici, la volonté est d’être complet, en proposant un travail sur les habitants, sur un régiment caserné localement, sur une bataille en particulier.

Cet ouvrage est divisé en neuf chapitres. Cette structure organise une recherche thématique qui permet en fait de lire chaque partie de manière isolée si on le souhaite. De ce fait, pas de mélange entre civils, soldats ubayens, régiment, mémoire, même si la thématique, cette vallée des Alpes, constitue un fil rouge duquel ne s’écarte jamais l’auteur.

Le chapitre I est consacré à une présentation de l’Ubaye au déclenchement de la guerre. On a donc ici une présentation locale très intéressante concernant l’annonce de la mobilisation, la présence militaire dans cet espace et la question des réquisitions. Je suis plus sceptique concernant la présentation très complète de l’organisation de l’armée française en 1914, les classes appelées, les transports vers le front… Pourquoi mettre des éléments si généraux, comportant parfois des erreurs, qui alourdissent la lecture ? La question me semble d’autant plus importante car on retrouve ces éléments de manière trop fréquente dans les publications locales. Probablement est-ce dû à une volonté pédagogique vis-à-vis d’un lectorat local qui a peu de connaissances sur le sujet ? Mais pour parler de l’histoire de ces hommes et même d’un régiment provenant d’un espace local, est-il nécessaire de connaître les détails de l’équipement, le nombre d’hommes mobilisés en France dans l’active, la territoriale… ?

Le chapitre II porte sur le parcours du 157e RI en août et septembre 1914. Loin de la simple narration extraite de l’historique ou du JMO, il s’agit d’un récit enrichi par les courriers de soldats de l’Ubaye. Une part importante du chapitre porte sur la bataille de Ménil-sur-Belvitte. 

Le chapitre III porte sur un aspect réellement méconnu du conflit : au travers de la présentation du travail de l’abbé Collé, on découvre le travail d’identification des cadavres puis de ré-inhumation et l’organisation d’un travail de commémoration au niveau local. L’ensemble, richement documenté, montre à la fois le travail de l’abbé et les attentes des familles. Le tout s’achève par l’histoire du monument de Ménil-sur-Belvitte.

Le chapitre IV est plus narratif. Il évoque le parcours du 157e RI pendant tout le reste de la guerre. Les Ubayens ne réapparaissent qu’au moment des décomptes des victimes Le point très intéressant dans ce chapitre est l’histoire de l’amicale des anciens combattants mais sans que l’aspect local ne soit vraiment mis en avant.

Parmi les illustrations des monuments pour le 157e RI, on trouve une très belle photographie d’une inscription datant de 1905. Dommage qu’elle ne soit ni localisée ni placée dans le chapitre I pour montrer la présence du régiment localement. Il s’agit vraiment de quelque chose d’inédit.

Le chapitre V est composé d’historiques brefs et plus classiques des 159e RI, 357e RI, 359eRI et 112e RIT. On constate que la recherche sur les Ubayens n’a été effectuée qu’à partir d’un travail sur les Morts pour la France, même si la répartition des Morts pour la France est déjà significative.

Le chapitre VI sur les parcours d’Ubayens est essentiellement tourné vers de courtes biographies de soldats surtout décédés. Ce qui fait la richesse de ce chapitre, comme dans le chapitre deux, est l’évocation des Français de Barcelonnette revenus du Mexique. Le sujet donne des éléments biographiques très riches, surtout sur des soldats Morts pour la France.

Le chapitre VII porte sur la guerre vécue en Ubaye. Les thèmes sont variés : le mouvement des troupes dans cet espace, la présence de prisonniers allemands et du bataillon universitaire serbe, l’aide aux familles, l’information. Évidemment, c’est tout un livre qu’il faudrait écrire sur chaque sujet. S’ils ne sont pas traités de manière exhaustive, il est déjà bon que ce livre aborde ces thèmes, même si celui sur la vie quotidienne dans la vallée me semble à peine esquissé.

Le chapitre VIII commence à la moitié de l’ouvrage, c’est dire que les deux derniers chapitres tiennent une place très importante dans ce livre. Il donne accès à des carnets et à des correspondances. Ils sont accompagnés de biographies très complètes. On ne peut que féliciter l’auteur pour son travail de collecte pour un si petit espace. La mise à disposition de ces sources est un vrai point fort de ce livre. Je regrette simplement que les témoignages des bulletins paroissiaux ne soient que des transcriptions brutes sans le moindre appareil critique. C’est tout de même un zoom utile sur une source assez peu connue.

L’ouvrage se termine par le chapitre IX qui évoque l’aspect mémoriel et par les annexes qui listent notamment tous les Morts pour la France de la vallée.

En guise de conclusion :

Le livre est un bel ouvrage, sur une vision plutôt locale du conflit. Le propos est traité de manière complète, trop même parfois comme avec les propos trop généraux au début.

Ce qui me gêne le plus, est l’absence complète de mention des sources tout au long des chapitres. Et citer les Archives départementales à la fin sans indiquer les cotes n’est pas d’une grande aide pour qui voudrait faire un travail dans le même esprit ailleurs ou utiliser un document découvert ici. Comment évaluer la fiabilité des annexes en l’absence d’indication méthodologique précise ? Seuls les natifs de la vallée sont-ils utilisés pour quantifier les Morts pour la France ? Les résidents ? Quelles sources ont été utilisées pour croiser les informations ? Et les listes électorales ? Même problème pour la bibliographie : on trouve par exemple un extrait d’un livre à la page 38, sans référence immédiate et sans indication dans la biographie de son utilisation.

Ce livre est clairement axé sur une vision mémorielle du conflit : on parle essentiellement des Morts pour la France et bien peu des hommes revenus ou des civils restés dans la vallée.

Le Centenaire a vu une multiplication des publications locales (qu’elles soient labellisées ou non, ce qui n’est d’ailleurs une garantie de rien). Réalisés par des amateurs mus pas de bonnes intentions, on retrouve souvent ce qui est pour moi des défauts (absence de la citation des sources, éléments généraux inutiles, difficultés à ne pas partir dans toutes les directions). Ce livre a quelques-uns de ces défauts mais ne mérite pas pour autant d’aller au pilon. Plusieurs chapitres sont vraiment intéressants, tout particulièrement les III, V, VII, VIII et IX. C’est un livre qui peut être lu pour ses témoignages, ses exemples de la construction d’une mémoire locale ou, si l’on est intéressé, pour son historique du 157e RI. Un livre donc riche, fruit, c’est une évidence, d’un travail énorme et rigoureux, aidé par quelques cartes bienvenues, qui donne au final un bon aperçu des thèmes étudiés du point de vue militaire et des Morts pour la France.

 

7 juillet 2017

 

Un nouvel article de Jean  Nichon relatif au destin de l’Europe,  intimement lié au développement de l’Afrique…

 

Européens, notre destin, c’est le continent africain !

 

Quel est le bassin de vie de l’Europe ? C’est la Méditerranée, c’est l’Afrique. La Méditerranée occidentale, de la Sicile jusqu’à Gibraltar, est notre lac commun dans tous les domaines, avec des chances mais aussi des menaces : l’immigration, le terrorisme, les trafics en tous genres, les dérèglements climatiques, sans oublier la mort de la mer.

La Méditerranée est dans un état épouvantable à cause de la pollution, de l’urbanisation, de la raréfaction des espèces. Regardons la rive sud, des enjeux-clés sont posés par la population, le climat et les situations illégales. Trois phénomènes se conjuguent. Au lieu de l’alternance du chaud et du froid, le chaud est de plus en plus chaud, le froid est de plus en plus rare. Ensuite, les phénomènes sont plus inégalitaires : les dérèglements climatiques s’accumulent dans certains endroits. Enfin, on assiste à un enchaînement des phénomènes extrêmes, pollutions et sécheresses.

Quant à nous, sur l’autre rive, nous sommes solidaires car nous y vivons. Lorsque la population aura doublé à notre sud, à une heure d’avion, que se passera-t-il ? Va-t-on dessaler la mer ? Notons également que les principaux importateurs de céréales, ce sont les populations du Sahel et d’Egypte. Le lien existe, parmi d’autres. Leur destin c’est nous, notre destin c’est eux.

Une bonne nouvelle serait une véritable union du Maghreb. Elle n’existe toujours pas car chacun trouve des prétextes ou se heurte à des réalités difficiles. J’en vois deux, criantes en ce moment :

 – la malédiction pour la Tunisie de la proximité avec la Libye,

 – l’inconséquence de l’Algérie et du Maroc de ne pas régler le conflit ancien du Sahara occidental. A qui profite ce crime ? En tout cas pas aux Sahraouis.

Nos destins sont communs. Résultat : personne ne peut travailler ensemble. Il n’existe pas de route à quatre voies correctes entre Rabat et Tunis. Cela pourrait constituer une prospérité. Il faudrait pour cela un abandon de pouvoir de la classe politique algérienne. Il faudrait avoir aussi l’audace de la confiance. Souvenons-nous du courage infini des dirigeants européens qui, peu après le Seconde guerre mondiale, décident de mettre en commun le charbon et l’acier. Imaginons qu’on mette en commun l’activité industrielle de la Tunisie, les matières premières de l’Algérie, les phosphates et le formidable développement trans-sud du Maroc ! Voilà un rêve euro-africain. La prospérité potentielle est commune, or, on est en train d’organiser l’affrontement. La nouveauté, c’est que la Maroc devient avec l’Afrique du Sud le principal moteur économique du continent. Un essor Sud-Sud.

On ne peut évoquer l’idée de prospérité sans parler de l’Afrique au Sud du Sahara. Erik Orsenna, grand connaisseur de l’Afrique la compare à un volcan. Tout autour, les terres sont fertiles. Dangereuses mais fertiles. Le Kenya, le Mozambique, le Ghana, le Nigeria. Les croissances sont inouïes, tout promet.

Au cœur du volcan, il y a l’explosion, le magma du Centrafrique – un pot de pus -, la République Démocratique du Congo et le Mali qui n’est pas sécurisé. Comment peut-on envisager l’avenir d’un pays, le déploiement de chacun, la prospérité au sens plein, c’est-à-dire le progrès, la confiance dans le lendemain, quand la moitié de la population de Bamako a moins de 14 ans et demi ? Quant à son système scolaire : 180 élèves en primaire le matin et 180 autres élèves l’après-midi ! On voit l’état se délabrer. Les enfants les plus nantis partent vers l’Arabie saoudite, le Qatar ou le Canada. Ainsi la promesse que représente chaque enfant malien ne trouve nulle part la possibilité de se réaliser. Et notre cher Tchad va exploser !

Oui, l’Afrique centrale est un énorme volcan avec une explosion au milieu qui est notre question, notre destin. Ses habitants mettent trois mois à venir jusqu’à nous, mais ils viennent. Que faire ? On n’entrevoit pas de solution globale.

Une initiative vers le Maghreb s’impose néanmoins pour parer le haut risque que constitue l’Algérie, l’immobilisme de son dirigeant. Il faut combattre encore et toujours les déséquilibres qui favorisent les trafics de drogue et le djihadisme, qui n’est en fait qu’un visage nouveau du banditisme. Ce sont tous des délinquants. Avant, on parlait du Milieu, maintenant c’est le Ciel !

Par-delà toutes nos convictions et nos sensibilités, nous devons distinguer entre réfugiés et immigrés. Et que les gens du Sud se développent, que nous en prenions toute la part qui revient à l’Europe, leur destin et le sien. Mais que soit exigé un accord ferme : si on contribue à assurer la sécurité ici et là, on ne peut accepter des gouvernements corrompus.

C’est le brave président Vincent Auriol (1884-1966) qui disait avec son pittoresque accent de Haute-Garonne : « On ne peut pas fonder la prospérité des uns sur la misère des autres ».

Jean Nichon

 

19 juin 2017
Voici un article sur les médias et la presse, écrit par Jean Nichon.

Au sujet de ce thème, lisons ce qu’en pense Yves Humann !

Dans ce texte de huit pages, tiré d’un ouvrage réservé à sa descendance, Jean Nichon présente le monde du journalisme qu’il a eu l’occasion de côtoyer tout au long de sa carrière. Après un petit rappel historique, notamment sur le journalisme de guerre, il donne, par sa plume très riche et agréable à lire, son sentiment sur ce monde de l’information. Celui-ci accumule bien volontiers les fautes de déontologie qui restent toujours impunies et représente véritablement le quatrième pouvoir.

 

28 mai 2017
Un nouvel article d’Yves Humann sur sa formation militaire avant d’intégrer le peloton préparatoire de l’EMIA à Strasbourg.
22 août 2014
Á l’occasion du 70e anniversaire du débarquement en Provence d’août 1944, Yves Humann vient d’écrire ce texte sur ce second débarquement en France, intitulé : Jour J-Provence.

 

Juillet 2014
 Voici un excellent et récent article d’Yves Humann  sur le 15e corps d’armée, ce corps d’armée dit « des Provençaux  » qui aurait faibli en août 1914 dans la région de Dieuze les 19 et 20 août 1914.

Le web master signale qu’un livre passionnant  vient de sortir : c’est l’histoire de  » Trois frères  en guerre  » des frères Martin-Laval de Marseille. Le livre débute par le témoignage d’Antoine qui a vécu la bataille de Lagarde. Ce livre est écrit par Serge Truphémus qui a consulté dix mètres linéaires d’archives aux Archives départementales des Bouches-du-Rhône à Aix-en-Provence.

 La préface est de Jean-Yves le Naour, qui, sur le même sujet vient d’écrire une magnifique BD intitulée  » La Faute au Midi  « .

 

Juin 2014
Un autre article évoque les combats de la section d’éclaireurs-skieurs du lieutenant Costa de Beauregard en juin 1940, face aux Italiens au col de Larche
Un troisième article traite de l’abbé Collé, curé de Ménil-sur-Belvitte (Vosges). Ce curé a vécu les seize jours de la  »  bataille de la  Mortagne  » du 23 août au 12 septembre 1914 où sont tombés plus de 4 000 combattants.

Après la guerre, il a fait ériger un superbe mémorial dédié à l’infanterie alpine et vosgienne, mémorial que le nouveau guide Michelin paru sur les batailles d’Alsace-Moselle appelle le  » monument des Ubayens « .

 

 

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